Définition de la musique imaginogène :

 

Imaginogène : adjectif

du latin imago (image) et generare (qui génère)

 

Se dit de quelque-chose qui est propre à révéler mentalement une ou plusieurs images par le biais d'émotions et de sensations intimes liées à sa propre histoire ou celle partagée par un grand nombre.

 

La musique imaginogène est une forme de musique écrite à partir d'improvisations. Elle est basée sur un langage timbral plus que sur les formes mélodiques ou harmoniques habituelles. Elle se définit ainsi car elle « génère l'image ». Les musiciens qui la pratiquent parlent souvent d'une musique de film ou chaque auditeur aurait le pouvoir de construire son scénario, ses personnages et son décor. Elle fait appel à l'imaginaire, donc aux souvenirs et aux sensations intimes. C'est un monde différent pour chaque auditeur qu'elle crée à chaque interprétation. Formellement, elle se construit par l'écriture mais peut aussi exister lors d'improvisations libres. C'est un regard spécifique sur le potentiel évocateur du phénomène du son organisé que l'on appelle « musique ».

 

Le mot "imaginogène" est un néologisme inventé par Serge Pesce en 1987. Depuis il a été repris par une bonne dizaine d'émissions de radio des pays francophones. Solenoïde, la revue Octopus en parle dans ses colonnes. De nombreuses institutions, sociétés civiles et de nombreux musiciens utilisent ce vocable.

Le premier duo de musique imaginogène (Pesce/Montanaro) a fait l'objet d'un disque chez Nord/Sud (NSCD 1150) enregistré à Prague en Novembre 1991 par Alan Vitous. Une autre étape importante a été le travail de création avec Yves Rousguisto et Serge Pesce au musée Picasso d'Antibes  en 1994 qui a donné lieu à un disque enregistré dans le musée même  par Laurent Baraton: "Silence de Faune" Zuzurelone production (autoproduction). Il est à noter aussi le disque « Calènda » du Trio Imaginogène (Miqueù Montanaro / Fabrice Gaudé / Serge Pesce) autour des noels provençaux chez NORD/SUD (NSCD 1144C)

 

 

 

 

Texte du manifeste Imaginogène écrit par Miquèu Montanaro et Serge Pesce en 1987:

 

«Toutes les musiques génèrent l'imaginaire, le stimule mais particulièrement la musique imaginogène. A la manière d'une peinture sonore ou d'une photographie affective elle ouvre dans chacun de nous un album d'images et de sensations. C'est une pierre précieuse. Mille facettes musicales s'y reflètent pour donner un caillou brut mais affirmé, où l'auditeur plonge l’œil, puis le reste de son esprit et de sa mémoire. Où est le jazz, la musique contemporaine, la musique traditionnelle? Ah! La musique imaginogène!»

SP&MM hiver 87

 

Les buts de la musique imaginogène :

 

1) Liberer le potentiel imaginaire de chacun. S'émanciper des fonctions traditionnelles de la musique : la danse de divertissement, l'apaisement, la manipulation du consommateur (musique de fond propre à encourager l'achat), l'addiction à un style dans un but de reconnaissance sociale.

 

2) Favoriser l 'écoute créative et la liberté de chaque auditeur de ré-inventer son propre monde.

 

3) Ré-inventer à travers une musique qui se veut populaire et païenne la fonction de lien spirituel que l'on trouve dans les musiques religieuses.

 

 

 

 

La musique imaginogène : un a-priori artistique .

 

La musique imaginogène est un regard particulier sur certaines musiques qui portent à la rêverie. C'est l'aspect « production d'images » qui nous intéressent là. Il est donc possible que certaines musiques soient imaginogènes, ou bien que certains musiciens soient imaginogènistes sans le savoir. Il est évident qu'il s'agit d'un a-priori artistique et que les critères de la musique imaginogène répondent aux exigences de quelques créateurs dans ce domaine. Pour ce qui concerne les initiateurs, Pesce et Montanaro, il s'agissait de se sortir d'une problématique constante qui était « Quelle musique voulons-nous faire, comment la nommer  ? pourquoi ? Comment s’émanciper des « genres » musicaux imposés par la fonction sociale et le consumérisme ? Comment répondre lorsqu'on nous demande quelle musique faites-vous ?»